Cet article est la suite de la partie solidité où il était question de faire en sorte que :
- Vos processus
- Votre gestion des données et votre capacité à digitaliser tout ou partie de votre activité
- Votre but altruiste au service de la société
soient clairs et robustes. Si les éléments précités sont devenus les points forts de votre activité, alors vous pouvez en effet, à présent vous intéresser à acquérir davantage de souplesse.
Pour être aussi souple que le roseau sans rompre, je vous propose 3 items :
- Apprivoiser l’incertitude
- Rendre l’outil de production plus flexible
- Conserver l’inventivité et le bien-être des équipes
Vous comprenez à présent que chacun de ces items font écho à la première partie.
1. Apprivoiser l’incertitude
Fondé sur les data passées, aucun algorithme ne pourra prédire l’imprévisible, aussi sophistiqué soit-il.
Il s’agit donc de prendre des décisions, sans véritable certitude.
Comment faire ?
La première chose est de rassembler un maximum de données pour essayer d’avoir une vision la plus complète possible du contexte :
- Informations externes : annonce politique, juridique, action et communication de la concurrence, communication de vos partenaires…
- Informations internes : état des lieux des difficultés du terrains (outil de production, processus, trésorerie, ressources humaines…)
Les données que vous aurez récoltées seront à la fois qualitatives et quantitatives, elles vous permettront ainsi d’avoir une vision la plus exhaustive et la plus objective possible. Il est préférable de confier cette mission d’analyse à deux personnes susceptibles d’avoir des points de vue très différents et qui ne sont pas membres du COMEX.
Cela permettra de conserver le maximum d’objectivité quant à l’analyse et de prendre du recul, vis-à-vis de la situation, afin de prendre une décision éclairée.
Ce type d’analyse nécessite une vision holistique, ainsi, n’hésitez pas à donner tous les contacts pertinents aux analystes. En outre, assurez-vous que ces derniers soient disponibles pour les aider. Votre appui sera nécessaire pour qu’ils consacrent du temps aux analystes en ce temps de crise.
Pour vous aider à présenter et organiser vos idées, il existe deux outils très simples d’utilisation, classiques mais bougrement efficaces :
- l’analyse SWOT
- l’analyse PESTEL

Voici un article qui vous donne davantage de détails sur l’analyse PESTEL (en anglais).
Comme on le dit souvent : il y a plus d’idées dans deux têtes que dans une. Ainsi, partager le pouvoir décisionnel en prenant des décisions collégiales avec le COMEX peut permettre de prendre de meilleures décisions.
Il s’agit bien là de réelles consultations, en prenant soin de permettre à chacun d’exprimer son point de vue. Le consensus maximise les chances d’engagement des membres du COMEX et ces derniers seront davantage capable de défendre ladite décision auprès du middle management et des collaborateurs.
En temps de crise, il s’agit également de préparer les équipes en étant parfaitement transparent : les décisions prises sont fermes, mais fondées même si parfois peu d’informations sont disponibles.
Il ne faut donc pas hésiter à communiquer, expliciter, argumenter chacune de ces décisions directement auprès des collaborateurs.
J’entends déjà certains dire qu’ils n’ont pas à se justifier devant leurs équipes. A mon sens c’est tout le contraire et encore davantage en temps de crise. Si vous souhaitez bâtir une relation de confiance avec vos équipes afin de pouvoir compter les uns sur les autres en cas de coup dur… il vous faut être transparent. Je vous laisse prendre connaissance de mon raisonnement en faveur de la transparence dans mon article à propos de la culture d’entreprise.
Tips du manager : l’incertitude est une situation par essence inconfortable et les managers y seront de plus en plus confrontés. Même si vous êtes à la tête d’une entreprise, vos collaborateurs n’attendent pas de vous que vous décidiez seul. Ils auront simplement besoin que vous tranchiez en cas de profonds désaccords.
Ainsi, n’outrepassez pas la responsabilité qui vous incombe en vous immisçant dans l’analyse. N’hésitez pas à libérer la parole pour que chacun donne son point de vue et partagez la décision de façon transparente avec vos collaborateurs afin de remporter leur adhésion, ce qui facilitera grandement sa mise en œuvre.
Passons à présent au deuxième item pour acquérir davantage de souplesse en nous intéressant à la flexibilité de votre outil de production.
2. Flexibilité de l’outil de production
Vous avez probablement une vision et une mission très bien définie. Vous œuvrez certainement dans un secteur précis en vous appuyant sur une offre cadrée. Cependant, en temps de crise, cette activité aura peut-être moins d’intérêt pour vos clients actuels.
Pour s’adapter, il s’agit ainsi de penser son outil de production comme un engin flexible. Ne pensez plus à ce que vous savez faire, mais focalisez vous un instant sur ce que votre outil est capable de faire. Revenez-en même à ses caractéristiques les plus primaires, chauffer, laver, transporter…
Certaines adaptations/changements d’activité sont évidents, comme permettre de commander des produits en ligne et assurer un service de livraison. Toutefois, cette flexibilité peut vous permettre de réaliser une toute autre activité, comme ce pizzaïolo de Chicago qui réalise des visières pour le personnel soignant grâce à son four haute température.
A présent, il s’agit de penser votre business comme une plateforme multi-usages capables de répondre à des besoins très différents de votre cœur de métier.
Cela vous permettra de maximiser vos chances de rebondir.

Je comprends parfaitement qu’il peut être rassurant de se positionner en tant qu’expert au sein d’une hyperniche. Cela clarifie l’offre, le positionnement et facilite l’émergence d’un avantage concurrentiel. Cependant ce choix fragilise également votre business.
Effectivement, si votre niche est touchée par une crise, par ricochet, vous subirez également tout ou partie de cette crise (qui ne vous concernait peut-être pas votre activité au départ d’ailleurs).
Ainsi, si vous avez une offre hyper-spécialisée, avec des outils de technologie de pointe, il est peut-être temps de mener une réflexion quant à, a minima, la diversification de votre clientèle sinon plus globalement de votre activité.
Tips pour les managers : pour mener à bien cette réflexion, il serait sage de faire l’inventaire de vos capacités de production, le point de départ. En ces temps incertains, il est évidemment hors de question de tout changer, à n’importe quel prix.
Comment faire ?
Il n’y a pas de recette miracle, il va falloir vous intéresser aux principes de l’innovation frugale, pour faire mieux avec moins.
Si vous ne connaissez pas le principe de l’innovation frugale, en voici une rapide explication en vidéo : L’innovation Jugaad (durée 8min)
Ces principes vous permettront de voir votre outil de production avec un œil neuf, vous pourrez y trouver l’inspiration pour :
- Innover avec sobriété
- Optimiser les processus de production
- Revaloriser les « sous-produits »
En apprivoisant l’incertitude et en voyant votre outil de production avec un éventail élargi de fonctionnalités, il vous reste un item à travailler pour acquérir davantage de souplesse pour affronter la crise.
3. Conserver l’inventivité et le bien-être de vos équipes
Avec le déconfinement, il sera tentant de vouloir faire repartir la machine à un rythme excessif dans le but de minimiser les impacts sur le chiffre de fin d’année.
On voit déjà poindre la pression mise sur les commerciaux pour rattraper le retard pris quant au remplissage du carnet de commande. Et tout autant de pression sur les équipes de production pour rattraper le retard accumulé sur les livraisons.
Ce comportement, bien qu’attendu, ne sera pas bienvenu.
Les équipes ont tout à fait conscience des enjeux, et elles savent évidemment que la pérennité de leur poste dépend de celle de l’entreprise.
Perdre son emploi, en cette période, n’est-ce pas déjà l’expression du niveau de pression maximum?
Votre rôle devrait donc se résumer à un rôle de facilitateur, de soutien, de maintien de la cohésion pour favoriser, autant que possible, le bien-être de vos collaborateurs.

Par ailleurs, pendant les moments creux, ou si votre équipe a besoin de se détacher temporairement de l’opérationnel, il serait bénéfique de les joindre ponctuellement à votre réflexion stratégique. Effectivement, leurs inputs peuvent être particulièrement pertinents lors de vos phases d’idéation quant aux moyens d’adapter l’offre, les processus ou l’outil de production.
Un apport du terrain est souvent très éclairant lors d’une démarche d’innovation frugale.
Tips pour les managers : Tout le monde n’est pas de cet avis, mais une crise est un bouleversement de l’ordre établi. Elle peut pousser les organisations à se réorganiser et fermer ou ouvrir des portes à vos collaborateurs. Ne misez pas sur un contexte prétendu défavorable pour faire tourner votre activité dans de mauvaises conditions.
Si vous arrivez à démontrer à votre équipe qu’elle est en sécurité malgré l’incertitude ambiante, cette dernière donnera le meilleur d’elle-même. Par ailleurs, lui donner les moyens de traverser cette crise dignement maximisera vos chances de la conserver sur le long terme.
Finalement, après avoir renforcé et solidifié vos racines grâce à vos efforts en matière de :
- Simplification des processus
- Digitalisation de tout ou partie de votre activité
- Définition d’une mission altruiste
Vous pouvez à présent vous attaquer à l’acquisition de la souplesse du roseau. Surtout n’attendez pas pour démarrer votre réflexion, l’idée étant de traverser cette crise ou la prochaine (selon votre avancement) le plus sereinement possible.
Quel est l’item avec lequel vous êtes le plus à l’aise ? Et quel est celui qui vous pose davantage de difficulté ?

One response
[…] A présent que votre business est solidement enraciné, nous allons lui apporter davantage de souplesse afin de ne pas rompre, tel le roseau de Jean De La Fontaine (la suite de l’article sur la souplesse). […]